Le coup de coeur d'Éric Calatraba pour la journée du livre de Sablet

L'auteur de Haïku et Munera s'est rendu en "débutant" à Sablet, sous les dentelles de Montmirail, à la découverte d'un terroir exigeant. Compte rendu d'un grand taiseux...


 

Eric Calatraba


Sa dernière parution : Munera

(Éditions du Caïman)



 

Le "nez" de Onzième Sens


Nous aussi on a nos coups de coeur. Dans les salons du livre, il existe les bruyants, et les discrets. Les bruyants, on les connaît. Les discrets, moins. Éric Calatraba fait partie des grands discrets, ceux qui ne pérorent pas trop et restent assidus à leur stand. En cette fin du mois d'août, on l'imagine inquiet pour son territoire, le Var, et plus particulièrement le massif des Maures, qui se consume. Éric se tait souvent parce qu'il doute. Oui, comme il l'écrit, il doute comme un vigneron, alors que ses sept cuvées, dont les plus remarquées, ses Haïku 1 et 2, et Munera (Éditions du Caïman) l'inscrivent dans la plus pure tradition du grand thriller français. Éric Calatraba trimballe ses lecteurs où le roman de genre français rarement s'aventure : le Japon des samouraïs (Haïku 1 et 2), et les étendues glacées du Yukon (Munera). Cet été, il travaille sur son prochain opus, "Los Muertos", une "tuerie" latina... Pour nous "représenter" à Sablet, nous avons choisi un "vieux routier" du salon, Michel Quint, et un débutant : Éric. Non seulement ce dernier est discret, mais il est aussi timide, n'osant pas approcher la légende Quint tout au long de cette journée du livre de Sablet (dont l'édition 2021 a été écourtée à quelques heures, en raison de la situation sanitaire). Pourtant, les deux écrivains, issus de l'Éducation Nationale, auraient eu des trucs à se raconter, sur les zones d'éducation prioritaires, sur les élèves en galère, sur les situations de handicap, sur le polar français, aussi. Mais tout n'est pas perdu ! Éric a découvert la bénédiction des vins de Sablet, et spécialement la cuvée "Les Deux Anges" du Domaine de Cabasse...



Le doute du viticulteur, celui de l'écrivain, par Éric Calatraba

Samedi 17 juillet a eu lieu la journée du livre de Sablet parrainée par Mireille Calmel, comme une sorte de miracle en Provence. Jugez vous-même : autour du Carré des Vignerons, près de soixante auteurs présents, et non des moindres, du vin, des stands sur la place qui forment un joyeux forum, du vin, des échanges, des sourires, des dédicaces, du vin, des célébrités, des curieux, des conférences, du monde, plein de monde, des rencontres, du vin. Le tout organisé de main de maître par une équipe de bénévoles inspirés et disponibles.


Ici, c’est la Provence comme on la rêve, avec ses paysages de vignes et d’oliviers. A l’est, là où le regard se perd, les dentelles de Montmirail viennent parfaire le décor. A l’ouest s’étendent les plaines de l’Ouvèze et la vallée du Rhône. Cette beauté qui s’offre au regard n’est pas née du seul don de la nature. C’est l’homme qui l’a façonnée, avec courage et patience car ces paysages doux masquent une violence du climat que le voyageur ne perçoit pas toujours. Ici, la brise légère est une exception. Le maître, c’est le mistral. Il chasse les nuages et apporte cette clarté inimitable au ciel de Provence, mais il le fait payer cher. En hiver, il s’infiltre dans les maisons, se glisse sous les pulls ou les manteaux et vous glace jusqu’aux os. L’été, quand le soleil écrase les pierres, mieux vaut ne pas traîner dehors. Et quand il pleut, c’est un déluge.


Les Dentelles de Montmirail


Le vin d’ici n’est pas un vin facile. Il faut le laisser parler car il a beaucoup à raconter du travail des hommes : la taille des vignes les matins d’hiver, le soin donné à la terre, sous le soleil qui tanne la peau et casse les reins ; l’émerveillement d'observer la vigne suivre les saisons et cette angoisse sourde, comme une piqûre dans le cœur du vigneron, faite d’incertitude. Pourvu qu’il n’y ait pas de gelée tardive, pourvu qu’il n’y ait pas de grêle, d’humidité ou de trop grands écarts de température. Pourvu qu’enfin, sous la main et le cœur de l’homme, le miracle s’accomplisse. Le doute.


Assis à son stand, l’auteur, lui, nous raconte une histoire. Ce n’est pas une tâche facile mais c’est ce qui en fera la richesse. Laisser parler sa mémoire, son imagination, dérouler son texte, le reprendre et tailler comme le vigneron ces phrases trop banales, ces lieux communs qui sont autant de branches mortes. Laisser croître cette idée qui n’est au départ qu’un jeune plant. Et tenir, malgré le téléphone, les notifications et le quotidien comme autant d’obstacles, tenir ses mots en laisse ou leur lâcher la bride. Capturer les idées quand elles viennent, quitte à se garer sur le bas-côté pour griffonner en hâte quelques lignes avant que le vent ne les emporte. Ensuite, il faudra mettre le texte en cave, le laisser reposer, mûrir avant de le reprendre et de l’affiner encore et encore, dans un exercice solitaire près d’une fenêtre, à la fois troublé et nourri par la pluie, le vent, les nuits de gel ou de canicule. Nourri par ce qu’il aura su trouver au fond de lui. Et comme pour le vin, le résultat n’est jamais garanti. Pourvu qu’il ait été inspiré. Pourvu que le lecteur le suive sur ce nouveau pari, que ses mots l’emportent et le touchent. Le doute.


La journée du livre de Sablet, c’est donc cette rencontre miraculeuse: celle des livres, du vin, du soleil, de la pluie, du vent, de la patience et du courage.


J’ai eu le bonheur de goûter la cuvée "Les Deux Anges", du Domaine de Cabasse. L’origine du nom Cabasse est italienne : « Casa Bassa », « la maison sous le village ».


C’est bien le cas du Domaine de Cabasse, domaine viticole du Vaucluse, dont les vignes s’étendent jusqu’au pied de Séguret, l’un des plus beaux villages de France. 5 hectares Côtes du Rhône Villages Sablet, 7 hectares Côtes du Rhône Villages Séguret, 3 hectares Gigondas.


Les racines du Domaine de Cabasse remontent vraisemblablement au 14ème siècle quand les Papes se succédaient à Avignon. Implantées au pied des Dentelles de Montmirail, les vignes profitent d’un terroir exceptionnel. Les sols du domaine viticole du Vaucluse sont issus de roches calcaires décomposées avec des proportions variantes de cailloux. Ils ne donnent à la vigne que ce dont elle a besoin pour une production modérée et qualitative.


L’exposition des côteaux du domaine viticole en Provence confère un ensoleillement optimal, la vigne nous offre alors des raisins gorgés de soleil et de saveurs.


Éric Calatraba




On ne connaît pas encore les vins de Cabasse, mais à Onzième Sens on aime beaucoup lorsque les vignerons et viticulteurs prennent soin à dénommer leurs cuvées (c'est plutôt bon signe) : "Les Primevère", "Les Deux Anges", "Cuvée Marguerite"... Le domaine s'étend sur Sablet, Séguret, Gigondas, permettant de découvrir les subtilités des trois appellations. L'identité discrète de la counoise pour assouplir le Séguret, 100% de grenache noir pour les cuvées aux robes profondes de Gigondas...


Domaine de Cabasse

547 route de Sablet 84110 Séguret 0490469112

www.cabasse.fr