La dégustation printanière de Clémentine Thiebault au Domaine du Grand Jacquet



Clémentine Thiebault est montée depuis Marseille dans le Nord, dans le Comtat Venaissin, pour rencontrer un grand homme, Joël Jacquet, vigneron qui sublime l'appellation Ventoux, sur le terroir des siens, qu'il respecte amoureusement


 

Clémentine Thiebault


Sa dernière parution : "En votre intime conviction" (Robert Laffont)


© Astrid di Crollalanza



© Matthieu Prier


C'est son attachée de presse chez Robert Laffont, Sandrine Perrier-Replein, qui a vendu la mêche : "Une écrivaine qui aime le vin, et vit en Provence, mais oui : Clémentine Thiebault !". Identifiée donc "bonne camarade", Clémentine, néo-marseillaise, était donc la plus à même de remonter la Vallée du Rhône pour s'engager à flanc de Ventoux à la rencontre de Joël et Patricia Jacquet, vignerons iconiques de Mazan, au Domaine du Grand Jacquet, le si bien nommé...


Patricia et Joël à l'embouteillage © Matthieu Prier



Au Grand Jacquet, l'alchimie réussie, par Clémentine Thiebault


Au grand Jacquet rien ne frime. Ni le domaine dès le portail jusque-là un peu oublié, ni les gens. Encore moins le vin, on le devine quand on entre par des travaux sans grandiloquence, qui aménagent un accès doucement pentu, le long de deux rangées d’oliviers. Mais ce n’est pas du décor, on fait aussi de l’huile d’olive. Le ton de la cohérence est donné, d’emblée.


Les Jacquet sont deux, un couple. Le grand Jacquet c’est lui par la taille mais c’est eux deux dans les faits. Enfin une petite équipe aussi, accueillante sans manières et occupée sans relâche. Il faut dire que nous débarquons en plein embouteillage d’un blanc encore sans étiquette mais dont la couleur aux reflets de paille parle déjà d’étincelles. La machine à air comprimé est incroyablement bruyante quand elle tourne à plein et son rythme envahit le hangar ouvert où elle est momentanément installée, entre cuves en inox et barriques en bois dans lesquelles le raisin se prépare à son rythme. La machine peut se déplacer, elle se prête car on travaille en coopérative. En bio et biodynamie aussi. Par choix. Par observation et conviction qu’on explique sans grandes théories ni chichis, jusqu’aux doutes et aux difficultés qu’on rencontre logiquement quand on entame, un peu seul, la conversion de cette terre de maraîchers, 25 ans plus tôt, avant la mode. On dit avec le sourire les remarques acerbes des voisins d’autrefois, jusque-là plutôt habitués aux cultures mises au pas, peignées au cordeau pour que rien ne dépasse, circonspects face aux herbes folles qu’on laisse sciemment courir entre les pieds de vigne. Des herbes folles dont les Jacquet feront un symbole, une marque de fabrique qui parle d’elle-même.



© Matthieu Prier


Les étiquettes le confirment : « Situé entre Carpentras et Mazan, face au Mont Ventoux, Patricia et Joël Jacquet dit le « Grand Jacquet » cultivent avec patience et respect 15 hectares de vignes au milieu de la flore sauvages, des chênes truffiers, des oliviers et des sangliers gourmands. Leurs vins expriment avec force cette harmonie entre la vigne, la nature et l’homme ... »


Les Jacquet nous racontent chaque vigne, des plus jeunes aux plus anciennes, on parle de la terre et des ciels, de la pluie, de la profondeur des racines, de la forme de l’eau. De rythme et de saisons, de raisins, de taille, de gestes et de techniques. De vent, d’air et de courants, de vivant. De matières et de saveurs.


© Matthieu Prier


Trois blancs, un rosé, sept rouges. Du grenache blanc, du grenache noir, du syrah, du carignan, du cabernet sauvignon assemblés en bouquets. Les raisins de vignes plantées en petites parcelles au milieu de la garrigue, semées jusqu’aux flancs escarpés du Ventoux, cueillis à la main au gré des saisons et du calendrier lunaire. Des vins qu’on goûte, découvre et savoure dans une simplicité et une évidence immédiates. Des vins qu’on ne peut se résoudre à cracher malgré ce qui est généralement préconisé lors de ce type d’exercice. Peut-être parce qu’il s’agit plus d’une rencontre que d’un exercice. Que les herbes folles ne sont pas loin et invitent à un brin d’ivresse qui ne peut nuire à l’expression du plaisir partagé.


© Matthieu Prier


Les robes des vins qui se succèdent scintillent comme un ballet diablement bien coordonné. Les maîtres des lieux qui les connaissent comme personne, savent aussi bien l’impatience gourmande qui pousse au suivant que le temps nécessaire à chacun. Ils orchestrent tranquillement chaque découverte. Parlent, discutent mais ne discourent pas. Savent les silences et le rire et ce que leurs vins disent d’eux-mêmes. Devinent quand il n’y a plus vraiment besoin de présentations, pour ces cuvées qui portent des noms comme des morceaux de paysage mis en bouteille. Rendez-vous sous le chêne, Les herbes folles, Juste avant les sangliers, Les planètes. Parce qu’ici tout est connecté avec sincérité. Parce qu’il se pourrait que ce soit ça, l’alchimie réussie.


Clémentine Thiebault



© Matthieu Prier


Le nez de Onzième Sens


Nous sommes si heureux lorsqu'a lieu une rencontre entre gens de si bonne volonté. Entre Clémentine, critique reconnue du monde du polar et écrivaine, et Patricia et Joël Jacquet. Nous étions en mars, à l'époque de la taille dans un printemps encore hésitant. Clémentine sortait tout juste d'une si belle promotion de son document "En votre intime conviction", publié chez Robert Laffont, où elle témoigne de son expérience de jurée, dans un procès à la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence. Expérience citoyenne, expérience d'humanité, expérience de justice, dans un procès d'assises pour une affaire immersive dans l'univers du banditisme marseillais. Dans son document, Clémentine raconte le quotidien d'une jurée, le fonctionnement de la justice, les doutes et l'empathie, où l'enjeu d'un procès dépasse aussi le dossier judiciaire, mais permet aux membres d'un groupe, les femmes et les hommes d'un jury, de se recentrer sur leurs responsabilités citoyennes. De prendre conscience de leur place dans la communauté. Et si devenir juré, jurée, rendait finalement meilleur ? Clémentine Thiebault, d'une écriture factuelle, millimétrée, pose tous les enjeux, place le cadre, et déroule les actes d'un "théâtre" où se joue la vraie vie, le destin des victimes, comme celui des meurtriers. Cette parenthèse marque la vie d'un homme, d'une femme. Sans être mis en cause, devenir témoin ou juré d'une affaire criminelle transforme chacun. Clémentine est arrivée frissonnante à Mazan, c'est vrai qu'il ne faisait pas encore si chaud, et puis voilà, cette "alchimie" nous a saisi tous les quatre (Clémentine, Matthieu, Catherine, et votre serviteur). D'abord l'accueil de Patricia et Joël, au boulot lorsque nous arrivons, avec Clémentine, l'homonyme, concentrée sur l'embouteillage. Parce qu'être vigneron, c'est d'abord le labeur. Et l'on ne peut tenir que porté par la passion, celle qui anime le couple Jacquet. Passion pour l'aventure bio et biodynamie, passion pour un terroir, pour sa vigne, cet héritage qui se constitue jour après jour, saison après saison. Cet héritage, si bien porté par la voix chaleureuse, forte, de Joël Jacquet, fier du boulot en commun, fier de son chai, de ses méthodes de vignification, de ses cuvées, et même de son stockage ! Et s'il existe bien des vignerons qui peuvent s'auréoler de fierté humble, c'est bien les Jacquet. Nous avons connu Joël grâce à la fête organisée par Guy et Ghislaine Lavagna chaque mois de juin dans notre village de Robion. Guy, Ghislaine et Fabien sont primeurs, et cavistes (Guy surtout pour la seconde activité !), et leur commerce, "Un coin de jardin", représente une référence de qualité en fruits, légumes et vins, où le meilleur de la région est représenté. Joël Jacquet fait partie de la quinzaine de vignerons invités annuellement pour présenter leurs productions. Déjà les cuvées du Grand Jacquet emplissaient grâce à "Un coin de jardin" notre cave avec bonheur, et nous avons été si heureux de découvrir le coup de coeur de Laure Gasparotto dans "Le Monde des Vins" en mars 2018 pour les vins de Joël et Patricia.


© Matthieu Prier


C'est toujours si bon, après avoir terminé la visite du domaine, de passer à la dégustation, où, comme Clémentine, on l'avoue, on ne recrache pas trop, et surtout pas la moindre cuvée du "Grand Jacquet". En reparlant des "herbes folles", et de sa cuvée éponyme, ce fut pour nous en 2021 le coup de foudre absolu de l'année. Pour une entrée de gamme, c'est une entrée grandiose : l'éclat parfait qui convient à toutes les saisons, à toutes les tables, surtout celles de copains. En tout cas, avec "L'Esquisse" du Domaine de la Chapelle, "La cuvée des Herbes Folles" est devenue notre joyeux générique : séduction rubis, rondeur et attraction fatale au nez de fruits noirs, explosion en bouche de tout un terroir, où l'on retrouve même le sourire de Patricia et le grand rire communicatif de Joël.


© Matthieu Prier


Voilà. Il est l'heure de s'en retourner. Et, cette fois, nous sommes bien tous frissonnants au moment de quitter les terres du Grand Jacquet, en se promettant amicales retrouvailles et juste reconnaissance pour le travail si bien fait dans l'exigence et le sourire, qui rend honneur à la condition humaine. Un immense merci à vous trois, Clémentine, Patricia, et Joël.


Vincent Crouzet


Joël, Patricia et Jean-Michel Valéry, restaurateur à l'O des Sources, à Montbrun-les-Bains

 

Après le texte de Clémentine, vous n'avez plus le choix. Vous êtes en Provence, ou bien vous descendez dans le Sud, il reste de la place dans votre coffre ou bien vous en faites, vous obliquez sur Carpentras, puis direction Mazan, et composez le 04 90 63 24 87, c'est souvent Patricia qui répond. La salle de dégustation est lumineuse, chaleureuse, propice à la découverte de la couleur des cuvées. Bienvenue à Mazan, au Domaine du Grand Jacquet !


Domaine du Grand Jacquet

2869 La Venue de Carpentras 84380 Mazan

04 90 63 24 87 - domaine@grandjacquet.fr

www.grandjacquet.fr



© Matthieu Prier

 

Et si vous êtes plus Luberon que Comtat Venaissin, la plus belle des séances de rattrapage vous est offerte : vous trouverez toutes les cuvées du Domaine du Grand Jacquet, à "Un Coin de Jardin", primeur et caviste de tres haute qualité à Robion, pour aussi choisir fruits et légumes de Provence auxquels s'accordent si bien les vins de Joël et Patricia.


Un Coin de Jardin

260 avenue Aristide Briand 84440 Robion

04 90 71 92 75

www.uncoindejardin-primeurs.fr